Aux chers déçus de la gauche, je lancerai ce message : "Pardonnez à Hollande, car il sait ce qu'il fait". Il a décidé de se sacrifier, de mener une politique de droite hyperlibérale afin d'amener les électeurs, qui pratiquent l'alternance avec acharnement (jusqu'à ce qu'ils installent le dictateur qu'ils méritent), à voter à gauche aux prochaines présidentielles. Cela ne peut être que la seule raison d'une politique liberticide et angoissante, clivante et abrutissante ; nous amener à nous révolter pour reprendre en main les rênes du pouvoir....ou alors nous amener à nous tasser dans nos maisons par peur de se faire canarder, licencier, désallocationner, ignorants de l'histoire et des autres, heureux de cultiver notre jardin pendant que d'autres sémeront l'obéissance dans nos cerveaux et récolterons les faveurs...Difficile de ne pas être complotiste dans un tel climat, surtout quand un gouvernement se met à jouer avec la constitution et le patronat.

Quant à rester dans le registre de la peur et de la culpabilité, pourquoi ne pas en profiter pour relancer l'économie, non pas des marchands d'armes (qui nous réservent une troisième guerre mondiale, au cas où les revendications localisées ne suffisent pas à maintenir leurs affaires) , mais du secteur esthético-médical. Sérinons aux parents, aux enfants, aux gens qu'il n'est pas normal d'avoir des petites dents, des yeux marrons et des doigts boudinés ; ne nous contentons pas d'une grosse poitrine, d'une taille de guèpe et de dentiers non collants. Cahusac l'a bien compris avec les implants capillaires, il faut savoir détourner les priorités pour arriver à faire croire qu'un corps sain est un corps de luxe. Et ça marche, je vais encore enrichir mon orthodontiste. Pour mon premier, cela restait de l'ordre du nécessaire : vu la disposition de ses dents, ses canines ne pouvaient pas pousser ; ma deuxième : c'était une fille et ses dents ne pouvaient décemment continuer à se chevaucher. Au tour de mon troisième : il n'a pas les dents trop en avant (même si elles pointent comme si elles voulaient racler le plancher),c'est sa machoire inférieure qui est réfractaire. Et là, on me sort le grand jeu : les 4 pièces de Château, même si en fait le dispositif ne consiste pas à surclasser le palais de mon fils, mais a été conçu par un monsieur qui s'appelait Château.

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L'appareillage ressemble un peu à ça. C'est mon fils, sorti enthousiaste de l'entretien, qui m'a soufflé qu'il allait porter le même appareil que Willy Wonka de "Charly et la chocolaterie", mais je trouve que celui présenté, par un gentil monsieur et pas un sadique désireux de faire sourire en permanence un gamin affligé d'une dentition en perdition, faisait aussi peur mais était plus coloré...Je ne me demande pas s'il est décent d'accepter que pour avoir les dents droites, il faille subir une torture quotidienne, infligée  par le port d'un truc qui écrase, retend, écartèle, corrige, empêche de sortir le soir ; je me dis que, même si ce n'était pas remboursé à 100% grâce à la mutuelle de mon mari, je me saignerai pour que mon fils puisse candidater à une émission de télé-réalité (pour moi, ce serait une autre affaire, parce que franchement ça donne pas envie.)

Si les jeunes doivent souffrir pour correspondre aux critères hygiéno-sélectifs, que dire des vieux qui veulent rester devant les caméras pour séduire ceux qui se contentent de plateaux-télé. Je dis que, vu ce que les jeunes ont dépensé pour se rendre présentables, il est normal que les vieux leur cédent la place, même contre les avis des experts médicaux qui préconisent que garder un vieillard à l'antenne, leur permet de continuer à pratiquer leur dépassement d'honoraires. A partir d'un certain âge, surtout à partir du moment où il s'aigrit, un senior doit songer à cesser d'aider son chirurgien esthétique pour favoriser son pharmacien (et ses couches hyper confortables). Je ne regretterai ni Lepers, ni Drucker, ni Bouvard, ni moi quand je serai toute décrépie et radotante (je rappelle que j'anime tous les soirs le quartier vers 20H30, quand approche l'heure de coucher les gamins - émission non disponible en podcast pour des raisons évidentes d'absence de modernité - même le grand de 19 ans doit être couché à 21H, j'ai mon honneur : je refuse d'être la première au lit...)

L'autre domaine à exploiter pour relancer l'économie est bien sûr l'art culinaire (l'art tout court étant dévoyé par les spéculateurs qui n'ont pour seul objectif que celui qui les met en scène) : télévision, livraisons, astuces, compétitions, innovations, traditions....tout est bon pour obliger le quidam (moins le quimonsieur, même si soit-disant les moeurs évoluent) à réfléchir à son assiette : il faut manger de tout, sans se priver de monter sur sa balance et se dépenser un mois de salaire en épices, en fraîcheur, en livres toujours plus connectés et en kilos toujours à perdre. J'avoue ne pas participer à ce mouvement d'orthodoxie alimentaire : pas pour des raisons financières, mais pour des raisons familiales, ce qui donne le même résultat : nous nous nourrissons de pâtes et de pommes de terre, vu que ce sont les seuls aliments obtenant l'unanimité à la maison. La cantine scolaire fait beaucoup pour dégoûter les enfants de la variété, du moins à partir du collège. Mes deux derniers mangent de tout, surtout la petite qui, parce que la nourrice ne veut pas lui préparer de repas, doit ingurgiter toutes sortes de légumes, dont j'ignorais l'existence avant de lui faire tester, pour impressionner la dite nounou et qu'elle me juge digne de "comme à la maison" (bon, j'avoue, ces légumes sortent de boîtes, mais c'est écrit biologique dessus). Même mon mari préfère quand je me contente de brandir une casserole : j'ai voulu lui préparer des endives au jambon, mais j'ai oublié de les faire cuire avant de les mettre au four et il m'a regardé avec des yeux emplis d'amour quand il les a dégusté, me suppliant de le dispenser de manger la seconde pendant que ses dents croquaient amèrement dans la première. 

Il faut donc savoir culpabiliser les gens pour les amener à dépenser, mais il faut aussi savoir les rassurer pour les amener à s'aimer.