Ma fille a eu son bac et a été tirée au sort ,elle a pu décrocher son graal au sein de la filière hyper tendue du Staps. Ils étaient 600 à la rentrée, ils ne revinrent que 450 au bout de deux semaines. Deux semaines intensives, sport tous les jours, tôt le matin, noyade autorisée, ubiquité favorisée pour finir le judo à 10 H00 et être à l'amphi, séparée par 30 km des tatamis, à 10H : un retard, une expulsion...Je ne comprends pas que l'on soit contre la sélection à l'entrée des facultés, il vaut mieux ne pas y entrer qu'en sortir par une passerelle dérobée.

Ma fille a décroché son bac grâce au cinéma, non pas parce qu'elle a accepté de se taire pour espérer décrocher le rôle de sa vie, mais parce qu'elle a obtenu un 20 pour l'écriture d'un scénario, et grâce à l'anglais : elle a obtenu 19 de moyenne. Ce qui fait que maintenant on ne l'arrête plus et elle écrit une multitude d'histoires en anglais, qui lui apportent lecteurs en mal de larmes (les seules fois où ses histoires se terminent bien, c'est parce qu'elle y a mis un point final) et nombres retours de leur part ( je suis nulle en anglais et mon mari fait exprès de regarder Breaking Bad en VO pour me larguer (vu que 10 ans de mariage et 8 543 disputes ont réussi à entamer sa foi en son emprise sur le foyer : il sait qu'en français, il aura toujours tort (en anglais aussi, parce que ma mauvaise foi n'est pas arrêté par les murs d'incompréhension que les langues peuvent dresser)), mais google traduction m'insinue à croire que soit, ce sont des compliments qui l'incitent à continuer d'écrire tellement elle décrit fluently les sentiments des protagonistes au point qu'on arrive à ressentir leurs émotions, soit que ce sont des diatribes contre l'influence des superlatifs dans la captation de l'intérêt dispersé d'une gamine qui manque de confiance en soi (j'avoue, google traduction c'est moi !).

Grande timide, nous n'avons rien trouvé de mieux que de lui adjoindre un co-locataire, l'appartement que nous lui avions dégotté nous semblant assez grand pour deux. Leur cohabitation a duré 3 semaines : elle lui reprochait d'être sale, de ne pas tirer la chasse d'eau, de manger toujours avec les mêmes couverts, de lui laisser la corvée de vaisselle, du ménage (si cela vous rappelle votre mari, bienvenue au club !). Nous avons donc donné congé au co-locataire, je suis allée me recueillir dans sa chambre, jonchée d'affaires, de papiers expulsés d'une poubelle pleine, de détritus divers et variés : nul n'est prophète en son pays !

Le grand a quand à lui réussi sa première année de prépa. Enfin, quand je dis réussi, ce sont plutôt les profs qui ont réussi à déchiffrer son écriture de mouche, mais là en cette seconde année, je sens que certains rendent les loupes et que mon fils va devoir agrandir les angles s'il ne veut pas cuber (redoubler sa prépa, ce qui donne moins de points bonus pour les concours...punaise, même moi ça me barbe, je ne comprends pas qu'un gosse qui parle pokemon, respire pokemon, désire pokemon, passe ses we avec pokemon, ait pu s'engouffrer dans cette galère...tout ça à cause d'une conseillère d'orientation qui n'a pas compris que son métier consistait à répondre aux attentes des élèves, pas à suivre la pyramide Onisep : mon fils n'a retenu que le sommet parce que les bases il ne les avait pas !

Bon, il est intelligent mon fils, mais connaitre les différentes évolutions de Yanapourtouslesgouts ne l'aide pas à saisir les différentes phases de la métampsychose du correcteur qui en est à sa 256ème copie lui sérinant que x au carré n'égale zéro que lorsque la tangente passe au rouge de la déclinivité exponentielle. Je lui ai conseillé de bien soigner son introduction et d'expliquer qu'il se fait pousser les cheveux (ils lui arrivent à la taille) pour manifester son ambition...et je me suis arrêtée là parce que je ne sais pas quelle ambition on peut avoir lorsqu'on a seulement la flemme d'aller chez le coiffeur (son excuse : il est fan de métal !, dit-il bien sapé dans son survêt adidas....)

Le plus dur pour lui a été l'internat. Après la bonne bouffe de maman, forcément des repas équilibrés matin, midi et soir, cela a détraqué ses intestins. Et puis, il s'est trouvé entouré d'autres mâles alphas aux hormones odorantes, qui ne tiraient pas la chasse d'eau, comptaient sur les femmes de ménage (comment ais-je pu croire qu'un coloc puisse être différent d'un interné !) et fêtaient leur admission dans le sanctuaire élitiste par des cuites mémorables. Il a failli craquer : je lui ai dit qu'il n'était pas obligé de boire pour être un homme ; il ne boit pas et il n'est  pas un homme.

On m'a dit que je ne pouvais pas renier mes enfants, qu'ils me ressemblaient. Le bac n'est qu'un passage vers d'autres rivages, plus ou moins prometteurs. Ils rameront, ils surnageront, mais toujours ils pourront venir s'échouer sur mon île, je serai leur mercredi (jour où je ne travaille pas et pourrai plus facilement faire sécher leur linge et essorer leur coeur).