Internet, quelle calamité ! dit-elle en s'inscrustant sur son blog. Pasons sur les commentaires injurieux sous prétexte d'apporter sa contribution à l'impunité anonymesque, contrepassons sur les forums où les mêmes questions sont posées sans cesse alrs qu'il suffirait soit de remonter le fil, soit de demander à son médecin qui, à force de se renseigner sur vidal.com prescrit de l'opium à une patiente n'ayant plus de vésicule biliaire (ce qui ne se fait pas apparemment, mais je n'ai pas eu mon dipôme sur http//:carriereassurée.net), outrepassons sur les vidéos hilarantes de jeunes à la page payante qui finissent par faire du cinéma ou du moins qui terminent de finir le cinéma qui n'a plus une idée originale sans consulter www;"j'apprendsàécrireunscenarioavecunbudgetfaramineux", retropassons sur les sites marchands à la promotion qui  fidélise la compulsion acheteuse, mais ne tolérons pas l'addiction vidéotheque qui rend les yeux vitreux, l'haleine fétide, la sudation incontrôlée  (bien que l'adolescence suffise à provoquer ce phénomène), voire la pause-pipi facultative (le port de couche étant parfois manigancée).

N'en pouvant que mon troisième passe ses journées devant une tablette que ma mère m'a prêtée (mais que je n'ai jamais su utiliser, faute d'être suffisamment connectée au monde d'aujourd'hui : un clavier, pour moi, doit être composé de touches, même s'il manque le O, le : et suppr, sans parler des autres lettres effacées et de la poussière accumulée qui suppose une contagiosité digne d'un affolement boursier après la mise en ligne des déclarations du Pape sur la non_certitude que le paradis sera ouvert après minuit), je lui en est interdit l'utilisation une journée. Pas de caprice, de jeté sur le sol à la Johnny Halliday (dont la mort n'a été autorisée qu'après diffusion sur réseaux sociaux certifiés Laetitia compatibles), mais une acceptation enchantée sous le prétexte de redécouvrir les joies des jeux en société : construction d'un immense jeu de l'oie.

Tout commence bien : les dalles sont assemblées, les cases "mort" clairsemées à bon escient, la règle détournée par une quatrième qui triche autant qu'elle respire, le trophée d'or remporté donc par cette quatrième que n'arrive pas à rattraper un troisième qui s'époumone qu'elle a triché. Après arbitrage impartial : "vous êtes aussi pénibles l'un que l'autre", décision de changer de jeu et de participer à la fabrication d'un château assez grand pour contenir leur fessier (mes enfants ont tous une grosse tête bien équilibrée grâce à un postérieur volumineux, ce qui leur conférence une bonne position assise). La touche finale est apportée par un toit qui s'ignore : il refuse de couvrir qui que ce soit. Mon fils déclare alors qu'il va faire une recherche sur sa tablette. Je démande s'il ne peut pas l'effectuer sur un dictionnaire (car j'ai encore un dictionnaire imprimé sur feuilles tactilement compulsables par le biais d'un pouce humecté par l'avidité du savoir, un deux en un : qui cultive le cerveau et grossit les biceps grâce à un volume lui permettant d'ébranler la table rase de l'ignorance). Il persiste dans son envie impérieuse de faire une recherche. Je le laisse donc satisfaire son besoin de découverte etd'enrichissement personnel, à condition qu'il soit aussi rapide.

Mais celui-ci durant de façon à suspecter la prise de viagra, je lui ordonne d'arrêter. Il se cabre, se rebiffe, rue lorsque je lui arrache l'outil qui peut rendre sourd. En fait, monsieur cherchait la date de sortie d'un jeu vidéo. Impossible de lui faire comprendre qu'une recherche devait être instructive, pour lui, celle-ci l'était car elle lui apprenait une date histriquement marquante pour son histoire individuelle. J'ai donc dû le punir et l'envoyer dans sa chambre, monopoliser l'ordinateur pour qu'il ne s'y perde pas en chemin et enfin, il s'est plongé dans les joies de l'amusement enfantin qui consiste à faire le plus de bruits possibles, à perdre des pièces de jeu, à courir dans tous les sens en excitant un chat qui se met à dévaler les escaliers pour s'agripper au premier mur, pas au point de lui faire oublier la platitude des youtubeurs qui jouent à votre place, ni le fond abatardisant de la télévision qui rêve (ou crève plutôt) à votre place, mais qui lui permet un temps d'être un enfant d'autrefois (mais pas au point de sortir seul dehors, avec tout ce qu'on entend,voit, colporte...)