Je ne mes souviens même plus quand mon chat est mort. Je sais juste qu'il faisait beau, que lorsque je suis partie faire une course, elle se prélassait au soleil, et que lorsque je suis revenue à peine 30 mn plus tard, mon grand avait le visage creusé et une mauvaise nouvelle à m'annoncer. Elle était déjà enveloppée dans un sac poubelle. Certainement un anévrisme dû à la vieillesse. Je ne savais même pas quelle âge elle avait, nous étions son troisième foyer, elle n'a jamais été affective et nos échanges se limitaient autour de la gamelle. Nous l'avons enterrée dans le jardin de mon beau-père où n'a pas fleuri d'arbre potentiellement centenaire. La seule qui l'évoque encore c'est la toute petite qui devait à peine avoir deux ans. Sushi, elle est au pays des chats, dit-elle, rassurée par cette affimation, même si elle s'étonne toujours qu'elle n'en soit pas revenu.

Ce qui est effrayant, c'est la rapidité du trépas. Alors que le deuil peut être si long. Même lorsque la maladie dure, on ne peut s'empêcher d'être surpris lorsque tout s'éteint. Il y avait, il n'y a plus. Ou que des tracasseries qui éloignent le chagrin, avant qu'il ne revienne accompagné du manque. Trois fils viennent de perdre leur père, à peine âgé de 63 ans, brutalement. Ils n'ont pu se receuillir sereinement sur la tombe, parce que le cercueil était trop grand. Impossible de le rentrer dans le caveau familial : ce n'est pas eux qui ont voulu offrir à leur père une sépulture en hommage à sa stature, ce sont les pompes funêbres qui se sont débarrassé d'un pavé dans leur stock. Il a fallu exhumé et réduire des corps et continuer à vivre avec cette responsabilité supplémentaire.

Le corps est enterré, mais encore faut-il accepter de rester seul. Deux ans et demi après avoir perdu son mari, une dame vient encore à la mairie, annonçant le décès de son époux, s'alarmant des démarches à effectuer, de ce que l'hôpital ne lui a rien dit ou certifiant qu'il est ici, après avoir été déterré du cimetière par le garde champêtre. Une autre vient tous les jours sur la tombe de sa petite fille, morte à 4 ans après une longue agonie. Si la mère a été "soulagée" par la fin de la douleur, la grand-mère veut la garder encore, se flagellant de n'avoir pu prendre sa place.

J'ai déjà évoqué ces angoisses qui m'oppressent de plus en plus souvent et couvent mon insomnie. Le coeur s'accélère, le coeur se compresse, les supplications s'épanchent. Je pleure pour qu'une fois morte, je puisse encore veiller sur mes enfants, les suivre et les voir grandir. Je me vois suffoquer et je ne veux pas partir sans savoir ce qu'ils vont devenir(ces angoisses s'accentuant avec l'incertitude quant à leur avenir), sans leur laisser des souvenirs, sans avoir tout planifié, y compris mon dernier mot. Puis je me calme, je me dis que si ce que je souhaite le plus, c'est de profiter de leur présence, je n'ai qu'à continuer à vivre, à espérer vieillir suffisamment pour n'aspirer qu'à libérer mon dernier souffle.

Bon, j'aimerai aussi trouver un boulot plus passionnant ou gagner au loto. En attendant, nous avons pris un autre chat, Natto (encore un truc de bouffe japonais) qui m'empêche de m'assoupir entre deux angoisses nocturnes (au cas où je mourrai dans mon sommeil ?!).