Un assité peut en cacher un autre
Si même les assistantes sociales s'y mettent !
Nous étions en train, ma collègue et moi, de rapporter, à l'asistante sociale du secteur, les derniers éléments pouvant lui permettre de disposer de cibles potentielles à son action consolatrice, à défaut d'être corrective, quant elle nous sortit un enregistrement wauquierien comme quoi, depuis l'instauration du rsa, les anciens rmistes ralaient de devoir s'insérer dans un plan de redressement par le travail.
Vu les clients habituels qui viennent la voir, je dirais que leur râle provenait plutôt d'un effet secondaire de leurs antidépresseurs ou s'accompagnait d'une bave perpétuelle que leurs cerveaux bloqués sur la touche TF1 ne peuvent contenir. Donc cette femme qui a dû être confrontée à des situations familiales périlleuses, où la mère est spoliée par la fille sous l'emprise de son mari ou tabassée par le fils sous l'emprise de la drogue, où le fils est renié par son père sous l'emprise de la lâcheté, où la grand mère est shootée aux médicaments sous l'emprise de la solitude, où le père est scotché devant la télé sous l'emprise du chomage ; cette femme considère que ceux qu'elle est censé soutenir sont des assistés sociaux, trop contents de l'être et qui ne cherchent pas à travailler.
Il est vrai qu'il est tellement plus facile de toucher 400 euros par mois, en mangeant des nouilles, de façon à alarmer les nutritionnistes sur l'obésité galopantes des français et en coupant le chauffage, l'hiver venu, de façon à obliger GDF à augmenter ses tarifs pour compenser le manque à gagner, que de galérer à effectuer un travail de caissière payée 550 euros, avec le risque de mettre l'entreprise en faillite à chaque tentation de prendre à son compte le ticket de réduction oublié par le bienheureux consommateur.
C'est tellement agréable de ne rien faire de la journée, avec pour seul courrier, l'ami Cetelem qui souhaite vous engager sur la durée avec un intérêt si persuasif. Et c'est si facile de décliner les offres des entreprises, puisqu'elles ferment leurs portes les unes après les autres. Elles avaient pourtant tellement d'arguments - trop jeune, trop vieux, sans diplôme, trop diplômé, trop longtemps sans travail, sans piston, trop femme, trop tard - pour vous laisser tranquillement dans la jouissance d'être un cas social.
Aussi quand elle nous a sorti l'argument massue d'une entreprise de métallurgie, ou je ne sais quoi, genre spécialisée dans une activité classée pénible par les syndicats militant pour la retraite avant la mort, qui, malgré une profusion de postes alléchants pour qui aime se tuer à la tâche, ne trouvait pas preneurs, j'ai blasphémé et déclaré que moi aussi, je n'étais pas prête à faire n'importe quoi pour travailler. Elle m'a aspergé alors de ses petits boulots saisonniers, sur lesquels elle a trimé en débutant. Je lui ai rétorqué que c'était du provisoire et que si elle avait continué, elle ne serait pas si confiante dans l'avenir.
Entre déprimer au boulot pour la joie de se payer un écran plat ou donner l'exemple à ses enfants que rien ne sert de bien étudier, les programmes sont les mêmes sur télévision carrée, la vie c'est parfois pas un choix. Mais je peux comprendre que des gens se satisfassent de toucher une allocation mensuelle qui leur semble acquise du simple fait qu'ils existent, plutôt que de subir l'humiliation de trimer pour un autre qui leur fait comprendre combien leur situation est précaire du simple fait qu'ils sont remplaçables.
Comme je comprends aussi, ceux qui, trop orgueilleux, préfèrent toucher une misère en ne dépendant que d'eux-mêmes, et refusent de remplir un formulaire tellement abscons qu'il leur rappelle leur insignifiance, pour recevoir l'aumône d'un complèment de salaire rsaïens. Comme je comprends ceux qui se fâchent parce qu'ils triment pour payer les alloc. de ceux qui "ne fichent rien", et qu'ils envient le footballeur, sorti de rien, qui va toucher des millions pour rester sur le banc de touche.
Alors plutôt que de s'attaquer aux "fatigués de naissance", aux "malades imaginaires",aux "profiteurs du système", M. Wauquier ferait mieux de s'occuper de réduire les petits cadeaux fiscaux faits aux entreprises qui apprécient tellement les conditions de travail à l'étranger qu'elles essayent de les dégrader en France ; qui, pour éviter que leurs actionnaire sautent par la fenêtre, y précipitent leurs employés (privilégiant la port cependant). Et peut être qu'alors les gens rentreront du travail en sifflant plutôt que d'y aller en soufflant.
Et allez faire un tour en Suisse. Là bas, il y a beaucoup d'assistés juridiques.