Canalblog Tous les blogs Top blogs Humour
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
je vis, je dis, je ris ...ou pas
Publicité
21 janvier 2012

l'angoisse du brevet blanc

Chacun a ses angoisses qu'il mérite. Cette phrase philosophique pour expliquer les sueurs froides qui se sont écoulées du front de mon fils pour glisser sinueusement le long de sa colonne vertébrale, jouant au flipper avec les divers boutons et côtes rencontrées au fur et à mesure de son avancée inexorablement moite.

Mon fils est placide à l'extérieur et bouillonnant à l'intérieur, au point de transpirer à grosses gouttes lorsqu'il s'exerce, à la maison, à résoudre un problème dans le laps de temps imparti. Il n'a pas besoin de surveillants sévères, injustes et occupés à froisser les pages d'un journal, il n'a pas besoin d'une aiguille implacable, chargée de rappeler par des tics et des tacs répétés que son temps est compté, il n'a pas besoin d'une feuille vierge et de brouillons qui le resteront, pour stresser. S'asseoir à son bureau et être sûr d'échouer lui suffit, et il s'imbibe de sa frayeur en songeant aux jours meilleurs où s'exclamer "areuh" lui valait des applaudissements enthousiasmes.

Et les jours J et V sont arrivés. Il a planché comme il a pu, n'est revenu guère satisfait, mais a savouré sa liberté retrouvée d'écolier insouciant, dont le seul couperet à craindre  est la fin de la diffusion des épisodes de Naruto. Mais moi, je n'en ai point fini avec cet examen sélectif et discriminatoire.

Mon fils est particulièrement nul en orthographe. Prenez une cuillérée de disléxie, une louche de désintérêt profond, une soupière de réformes et variées sans suite et sans méthode, et vous obtenez unenfant incapable de distinguer "chez" et "c'est" (j'ai le même modèle en féminin, ma fille n'ayant fait en cm1 et cm2 que des dictées préparées, mais absolument pas intégrées et je me rassure en constatant que les mots de ses copines sont aussi truffés de fautes que les siens, ce qui leur aurait permis de presque inventer un code connu que d'elles seules, si elles avaient eu la malicité de copier leurs fautes, alors qu'elles improvisent sans cesse).

L'Education Nationale non seulement se révèle incapable d'apprendre aux enfants à écrire correctement ce que des années d'académie se sont engagées à compliquer, mais se complait à le révéler au grand jour, en frappant toutes les épreuves d'une note mettant en exergue la correction orthographique. Ainsi au brevet des collèges, le plat du français (par opposition au bossu des maths) se verra ridiculisé, fortement et obligatoirement, en français où il sera assommé d'un zéro en dictée et de pénalités affolantes en rédaction, mais sera également puni de son incapacité à appliquer le pluriel et à manier les redoublements de consonnes (malgré la menace de redoublement qui résonne sans cesse à ses oreilles d'âne trop grandes pour capter autre chose que "l'aire du tant"), en histoire où 4 points seront automatiquement déduits quelque soit la qualité de ses réponses. Sans parler des maths, où il est capital de bien rédiger ses réponses, pour que le correcteur comprenne que x ne correspond pas à des patates mais bien à une inconnue, qui ne laissera aucune trace dans sa carrière de prof sous-payé.

Mon fils est nul en français, il le restera malgré les sanctions et les observations. Mais zut quoi, une épreuve de français suffit, pas trois. Ou alors intégrons des calculs en histoire et en français et des repéres de dates en français et en maths et de l'intelligence dans toutes les matières, sans craindre d'annoncer que l'imagination, l'originalité et la stratégie seront appréciées et offriront à ceux qui ne se contenteront pas de régurgiter leurs leçons des points de bonus.

Et cessons de juger la qualité d'une lettre de motivation seulement sur son absence d'accents, alors que la voix qui la porte est si enflée d'espérance et d'envie.

Publicité
Commentaires
Publicité