Les députés vendent-ils leurs votes ?
Faut-il juger nos députés ? N'allant sur internet que pour assouvir mon instinct de chasseur de bonnes affaires, je ne savais pas qu'un site de citoyens qui, je le suppose, ont l'obligeance de se déplacer jusqu'aux urnes pour acquérir une certaine légitimité dans leurs actions correctives, voire punitives, se donnait pour mission, _ pour sacerdoce devrais-je dire, vu les talents de patience, de contrôle de soi et de confiance en la nature humaine il doit falloir déployer pour supporter des échanges houleux entre des notables bien-assis qui, au déjeuner, se nouent mutuellement les cravates et le soir modulent haineusement les partitions d'un scénario joué d'avance _ de noter les bravoures abstentionnistes et les lyrismes estampillés "approuvés par les marchés" de nos parlementaires.
Lorsque j'ai voulu avoir des informations plus précise sur ce "nosdeputes.fr", qu'au premier abord, dans mon ignorance de l'accentuation manquante (c'est peut-être pour cela qu'internet facilite les amitiés, c'est parce quil raye les accents de la surface planétaire des préjugés), j'ai pris pour un site de défense d'un duo de péripatéticiennes par des habitués pratiquant le phonétisme buccal, j'ai cliqué sur le lien menant à l'article complet rédigé par un journaliste intégre et soucieux de le relever d'une expertise exhaustive et impartiale en piochant allégrement dans quelques tweets bourrés de fautes de syntaxes, afin d'assurer son richissime patron, aux entreprises si parfaites et honorées, qu'il doit conserver des professionnels capables de sonder l'opinion et d'en extraire une substantielle manipulation.
Je me suis trouvée confronter à un message d'alerte rouge communicatif, signalant un harponnage insinueux risquant, si je m'aventurais à négliger cet avertissement, à compromettre ma confidentialité personnelle et financière. Je n'ai rien à cacher, même pas mon absence de talent, mais j'ai préféré retourner à mon quotidien consumériste, ne voulant pas courir le péril d'attraper le virus de l'informationniste aigue, qui se caractérise par le fait de s'enflammer contre ses p.... d'islamistes qui ne supportent pas la caricature d'un Mahomet, dont le seul miracle accompli a consisté à transformer le vin en offense, tout en giflant sa femme parce qu'elle a osé se servir de l'Equipe du 15 mars 2005 (comme ils sont classés chronologiquement, le malade peut tout de suite voir où la poussière, quelle feignasse !, a été dérangée), pour nettoyer les vitres du salon et jeter les épluchures d'un diner qui doit être fini de manger à 19h56 pour pouvoir assister en toute quiétude aux pronostics météorologiques (le soleil donné gagnant est rarement bien placé).
Est-ce une réalité : un accès sur lepoint.fr me livre t'il à un asservissement de ma puissance économique, dans le but de me proposer un abonnement qui ne m'engage à rien, si ce n'est à un prélévement mensuel que je peux arrêter à tout moment, à condition de retrouver mon numéro d'abonné et d'écrire un simple courrier dont je trouverai un modéle sur "aide à la résiliation.com", site proposant un service juridique étoffé et un décripteur d'astérisques mis à jour régulièrement par le biais d'un regroupement d'arnaqués bénévoles de plus en plus nombreux. Ou est-ce un sordide complot ourdi par des députés désireux qu'on ne s'étale pas au delà de leurs tartines fratricides ?
Un député parmi 577 autres, dont certains sont satisfaits si, à défaut d'obtenir une loi qui porte leur nom, ils parviennent à obtenir leur quart d'heure de scandale, déclare donc que "les réseaux qui scrutent l'activité parlementaire ont des effets dangereux,
voire pernicieux, sur le travail parlementaire, [et cela] dans des proportions qui sont considérables". Un cynique répondrait qu'en effet il est dangereux de déranger un individu en plein sommeil paradoxal (il dort alors qu'il n'a pas encore dîné), mais il semble raisonnable de penser qu'une personne scrutée, alors qu'elle doit discuter un texte, dont son seul soucis de rédaction a été d'exiger de ses attachés, chichement payés, qu'ils veillent à bien positionner les virgules, en vienne à se laisser influencer par le regard intrusif et introduise un point d'interrogation là où devait se confirmer un point final.
C'est comme ces façons d'insinuer qu'ils pratiquent l'absentéisme et le menfoutisme représentatif sous prétexte qu'ils ne sont que quelques dizaines lorsqu'il s'agit de rendre leur devoir de vote. Ainsi leur a t'on reproché de n'être que 55 à appuyer sur le bouton oui ou sur le bouton non (et là un scrutateur attentif peut éviter une bourde de la part d'un parlementaire contraint de garder la paupière ouverte et le doigt vigilant) lors du vote sur les emplois d'avenir. Mais qu'avaient-ils besoin d'être présents quand il s'agissait d'évoquer le futur ?
Défendons les, au contraire ; pour qu'ils obtiennent le droit d'exprimer leurs opinions personnelles, qu'ils puissent ne pas suivre la ligne du parti et ne pas dépendre de la pêche aux électeurs, que leurs petites phrases, parfois spontanées, cessent de servir d'appât aux harponnages médiatiques.
Et puis, si c'est pour avoir un "Parlement story" avec des saillies historiques du genre "C'est qui qu'a pété", je préfère que nos députés s'échinent à résoudre l'épineux problème de la crédibilité de leurs notes de frais plutôt que se surprennent à réciter du Jacques Attali quand ils devraient clamer du Victor Hugo.