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je vis, je dis, je ris ...ou pas
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21 juillet 2014

Zombie gag

 

Le célèbre sage chinois Séki Karhatéssontrin a déclaré, en l'an de grasse matinée, "Avec l'âge, vient l'expérience et s'en vont les amis" (pour les amis, je ne sais s'il fait allusion au fait que, devenus de parfaits pantouflards casaniers ennuyeux et routiniers (avec le livre des synonymes en guise de livre de chevet pour lutter contre l'Alzheimer), vos connaissances préfèrent éviter vos blablateries sur les derniers rebondissements de votre prostate, ou au fait qu'ils ne vous donnent plus des nouvelles que par l'intermédiaire de la rubrique nécrologie.). Il a dit aussi :"si tu ne manges pas ton riz à midi, ne t'étonnes pas qu'il en reste le soir".

Je poursuis son enseignement en marmottant "plus les rides couvrent ton visage, moins le manque de sommeil peut t'atteindre". Ainsi, je peux passer des nuits blanches, à découvrir la vacuité sysyphienne d'un estomac de nouveau né, que rien ne semble contenter si ce n'est quelques hectolitres de lait violemment régurgités sur un panel représentatif de textiles réfractaires à la blancheur vanish, sans que mon mari ne pousse des cris d'effroi à la vue de ma paleur spectrale, de mes cernes violettes tirant sur le verdâtre, de mes cheveux clairsemés par la poigne vigoureuse de menottes sans shade et à l'écoute de mon humeur exécrable : il m'a épousée sur le tard et la marchandise était déjà livrée à la limite de la date de péremption (ce n'est pas que j'étais en promotion, c'est lui qui n'arrivait plus à se fournir).

Ce qui est bien avec la fatigue, c'est qu'elle vous permet de renouveler les gags. Vous connaissez celui du type qui a un verre dans la main et à qui on demande l'heure. Il regarde sa montre et renverse le contenu de son verre sur son costume Armani (cela fonctionne moins avec un costume de clown, parce qu'on sent la préméditation et comme dit le sage pakistanais Sherif Fémouapeure "on rit moins à une blague lorsque l'indien en vaut deux").

J'ai une nouvelle version : vous avez la mère d'un bébé qui se lève pour la énième fois de la nuit, se demandant toujours comment des pleurs aussi terrifiants peuvent sortir d'un corps qui n'a, après tout, connu comme drame que celui de sortir de l'origine du monde, alors que tant d'autres ont dû sortir avec des fins de série. Les yeux cernés de paupières, elle se saisit d'un truc gigotant, repose Sophie la girafe à côté de Sophie 2, 3, 4 et 5 (pourrait-on dire aux gens que Sophie n'est pas le seul jouet que l'on peut offrir à un nouveau-né), attrape le machin geignard empêtrè dans une gigoteuse qui ne gigote jamais de son plein gré, ceint un sourire mécanique sur son visage fripé et se veut rassurante  : cela ne sent pas bon mais heureusement les couches Compers ont prévu des élastiques là où les relations sont parfois tendues.

Devant les fesses rouges de sa fille, elle joue la compassion (pas très bien, parce que ses pattes d'oie lui donne un air de bouledogue) et se décide à tester le produit hydratant offert généreusement par un pharmacien qui en a l'exclusivité (cette exclusivité incluant un prix fidèle à sa réputation d'outrepatient).

Elle en verse parcimonieusement sur les chairs délicates, puisque peu importe le flacon pourvu qu'on naît livré, se relève et là, l'état de la "jeune" mère ne permet pas de raconter la blague dans toutes ses dimensions comiques, mais il semblerait qu'elle ait souhaité se livrer à une manipulation nécessitant de se pencher, oubliant qu'elle n'avait pas rebouchonné la potion à la liquidité très gravitationnelle et celle-ci se déversa entièrement sur un bambin soudain replongé dans un amniotique énergisant.

La fille pleura : elle était trempée, la mère pleura : elle s'était trompée, le père dormait.

La mère dut rechanger son bébé en se battant avec le dit bébé, dont la machoire très active jouait aux dents de la mer, sans les dents et avec une mère très démontée, et un pyjama dont l'envers se révéla être l'endroit et l'endroit guère à fréquenter.

La mère s'interrogeait (autant qu'elle le pouvait au travers des brumes épaississant son esprit déjà peu sain) : le partage des tâches, malgré les années et les échanges houleux (ou houblonneux), restait encore inégalitaire : à elle la pression constante occasionnée par les pressions innombrables jaillissant au hasard sur des bodies plus retors les uns que les autres ; au mari, l'impression confiante que les pressions lui sculptaient un body innommable eu égard aux normes des huns (là où l'aftert shave passe, la femme se repousse d'un cran).

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